Bienvenue dans le podcast dédié au Festival du Film de Société de Royan.
A l'affiche, l'humain dans tous ses états. Entre histoire d'amour, histoire de famille, histoire de combat. Je m'appelle Armel Toucour et je suis allée dans les coulisses du festival à la rencontre de celles et ceux qui le mettent en scène. Un festival porté par l'association "Royan fait son cinéma" et hébergé au cinéma Le Lido à Royan.
Épisode 4 — Un cinéma engagé
Un film de Raoul Peck "Orwell, 2+2=5" qui boulverse, un réalisateur qui arrive en trombe dans un pick-up rouge, et les coulisses d'un festival né d'une passion : cet épisode explore ce que le cinéma engagé fait à ceux qui le voient, à ceux qui le portent et à ceux qui ont choisi d'en faire leur vie.
2+2=5
Je sors de la projection du documentaire Orwell 2+2=5 de Raoul Peck, abasourdie. J'échange avec une spectatrice à la sortie : elle est bouleversée, cherche ses mots, dit qu'il faut "digérer". Elle sent que le film appelle à une prise de conscience collective — pas à une réaction individuelle, mais à un sursaut d'ensemble. Jean-Luc Brunet, lui aussi marqué, souligne que la salle était pleine et le public vraiment touché. Il fait le lien avec le discours d'Abd Al Malik la veille : la culture est un pouvoir, presque politique, qu'il faut protéger d'autant plus sur les territoires où l'offre est naturellement plus limitée.
La table ronde au CRÉA, cinéma de territoire et diffusion en Charente-Maritime
En prélude au festival, l'association CRÉA, en partenariat avec Royan fait son cinéma, a organisé à la salle de la Passerelle à Meschers-sur-Gironde une table ronde sur le thème La salle de cinéma comme fenêtre sur les sujets de société, animée par Jean-Luc Brunet.
Je retrouve Jimi Andréani des Rencontres du Sud qui dresse un constat lucide : la multiplication des films en salle — de 152 par an à l'origine à près de 750 aujourd'hui — noie le public, qui a besoin d'être guidé. Or les moyens financiers pour créer de l'événementiel et orienter ce public se réduisent. Il pointe aussi une fragilité structurelle dans les zones rurales : le public cinéphile traditionnel vieillit, les jeunes partent en ville, et le renouvellement ne se fait pas malgré les dispositifs scolaires. La question centrale, selon lui : comment faire vivre nos salles avec un public qui s'amenuise?
Marianne Rossi,
Coordinatrice de Ciné Passion 17, présente l'association qui fédère treize salles indépendantes de Charente-Maritime. Son rôle : soutenir les auteurs, les boîtes de production et de distribution du territoire, et diffuser leurs films. La mise en réseau permet aussi de mutualiser les frais lors des tournées de réalisateurs.
Chloé Deleforge, directrice et programmatrice de l'association CRÉA,
Chloé explique la force du label Art et Essai — un jury national qui sélectionne chaque année une cinquantaine de films reconnus pour leur qualité esthétique et le regard d'auteur qu'ils portent. Elle raconte son parcours : des études littéraires, une option cinéma en khâgne, une attirance pour le documentaire, puis un tour du monde de deux ans avec son compagnon pour réaliser un webdocumentaire sur les maisons écologiques. Cette expérience lui a montré l'énergie colossale que demande la production d'un film — et l'a convaincue qu'elle préférait aider les autres à diffuser leurs œuvres plutôt que de se battre seule derrière une caméra. Elle dirige le CRÉA depuis, un centre culturel de Saint-Georges-de-Didonne actuellement hors les murs pour travaux, accueilli provisoirement par Meschers. Face aux plateformes et aux multiplexes, sa réponse : la proximité, le lien social, la convivialité — cinéma en plein air, ciné-quiz, ciné-karaoké, esprit de guinguette.
Benoît Delépine et Animal Totem
Sur le parking du Lido, une légère tension monte : Benoît Delépine, réalisateur du film Animal Totem, est introuvable alors qu'il doit intervenir dans quelques minutes. Brigitte reste confiante. Puis arrive en trombe un pick-up rouge — c'est lui, retardé par les embouteillages du marché de Noël à Saint-Palais. Il monte sur scène avant même que le générique soit terminé.
Benoît Delépine raconte la genèse du film : il habite à la campagne près d'Angoulême quand un projet d'usine à bitumineux menaçait de s'installer à dix kilomètres de chez lui, dans le vent, à proximité d'agriculteurs bio et d'écoles. Il a rejoint un collectif, organisé des manifestations et des réunions. Pendant qu'il tournait, le projet d'usine a été abandonné. Résultat : un film militant qui se termine sur une victoire réelle. Il encourage chacun à ne pas se résigner : "Il suffit parfois de réagir pour que ça ne se fasse pas." Emmanuel, un spectateur, le résume en quelques mots : "Le fond et la forme sont vraiment unis. C'est une grosse leçon de cinéma et d'humanité."
Guillaume Mousset, l'origine du festival
Je rencontre Guillaume Mousset, directeur du cinéma Le Lido, créateur du festival en 2021. Il m'explique que l'idée a germé pendant le Covid : avec le cinéma fermé l'équivalent d'un an, il a travaillé comme s'il avait un emploi à plein temps pour préparer un dossier de 23 pages, présenté à la mairie de Royan — à Nadine David, élue à la culture, et à Adeline Masset, directrice de la culture. Feu vert obtenu en mars 2021, l'association Royan fait son cinéma est créée dans la foulée, avec son frère. Guillaume en est le premier président, avant de démissionner pour éviter un conflit d'intérêt et de devenir directeur du festival dès la deuxième édition.
Il me confie ses motivations initiales : convaincre les distributeurs de confier des équipes de films au Lido toute l'année — pari réussi, avec aujourd'hui une dizaine d'équipes qui viennent en dehors du festival. Deuxième objectif : apporter un dynamisme culturel à Royan l'hiver, pour que la ville soit attractive au-delà de la saison estivale. Il reconnaît cependant que le festival cible principalement un public senior — la démographie de Royan, avec trois fois plus de seniors qu'à Saintes, l'explique naturellement.
Son parcours personnel est celui d'un amoureux du cinéma : bénévole au cinéma Le Dietrich à Poitiers pendant ses études, CAP de projectionniste passé en candidat libre, puis une montée en responsabilités jusqu'à devenir directeur du Lido à l'ouverture du multiplexe.
Thibault Stipal,
Photographe présent sur le festival, conclut l'épisode avec légèreté : "Je ne fais que kiffer. On m'amène que des gens merveilleux à photographier."
Musique additionnelle :
Festival du film : Oly Gorman©
Extraits bande annonce film : "L"Orwell, 2+2=5" ; "Animal Totem"
On a parlé de et avec :
Jean-Luc Brunet — Journaliste cinéma (Cin'écrans), animateur des cérémonies et de la table ronde
Jimi Andréani — Programmateur et exploitant, Les Rencontres du Sud
Marianne Rossi — Coordinatrice de l'association Ciné Passion 17
Chloé Deleforge — Directrice et programmatrice de l'association CRÉA (Saint-Georges-de-Didonne)
Benoît Delépine — Réalisateur du film Animal Totem
Guillaume Mousset — Directeur du cinéma Le Lido, créateur du festival
Thibault Stipal — Photographe
Brigitte Longueville — Présidente de l'association Royan fait son cinéma
Spectatrice (anonyme) — Avis public après la projection d'Orwell 2+2=5
Emmanuel — Avis public après la projection d'Animal Totem
Liens utiles
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Cinéma Le Lido (Royan)
Festival du film de société de Royan
Les Rencontres du Sud
Cin'Écrans (Jean-Luc Brunet)
Un immense merci à celles•eux qui font vibrer ce podcast par leur voix.
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