Bienvenue dans le podcast dédié au Festival du Film de Société de Royan.
A l'affiche, l'humain dans tous ses états. Entre histoire d'amour, histoire de famille, histoire de combat. Je m'appelle Armel Toucour et je suis allée dans les coulisses du festival à la rencontre de celles et ceux qui le mettent en scène. Un festival porté par l'association "Royan fait son cinéma" et hébergé au cinéma Le Lido à Royan.
Épisode 3 — Un autre soleil
Six lycéens devenus juré le temps d'une semaine, et une rencontre inoubliable avec Abd Al Malik : cet épisode plonge dans l'aventure humaine du jury jeunesse et dans l'univers d'un artiste qui croit, profondément, que l'Art peut changer le monde.
Le prix jeunesse : présentation du jury
Je retrouve Jean-Luc Brunet et Jean-Paul Enna lors de la cérémonie d'ouverture pour la présentation du prix Jeunesse Cinéma. Ce prix, initié l'année précédente, est remis par un jury de six lycéens du lycée professionnel de l'Atlantique à Royan. Ils sont accompagnés de deux encadrantes : Marion Mogrillot, professeure de lettres et d'histoire, et Fanny Fleuret, référante jeunesse. La compétition jeunesse compte sept films de cinq nationalités différentes. Frédéric Farrucci, membre du jury professionnel, souligne l'importance de cette démarche : sensibiliser la jeunesse au cinéma de société, c'est préparer le public de demain.
Le jury jeunesse se raconte
Je croise les six jurés tout au long de la semaine — à la sortie des projections, dans le hall, autour d'un chocolat chaud à l'heure du déjeuner. Ils se prénomment Iris, Alix, Jalil, Thibault, Aïssata et Francky. Jalil me confie qu'ils ont été recrutés un peu à l'improviste. Certains vont rarement au cinéma faute de moyens, d'autres, comme Jalil, y vont presque très souvent. Tous ont plongé dans l'exercice avec sérieux : noter chaque film sur une grille d'une dizaine de critères établie par Fanny Fleuret — thématique, personnages, casting, problème sociétal — pour atteindre une note sur 60, puis débattre pendant des heures pour défendre leurs coups de cœur. Jalil résume bien la difficulté : rester objectif quand on se retrouve dans certains films et pas dans d'autres. Aïssata, elle, avoue avoir pleuré du début à la fin de presque tous les films. Le groupe est soudé, chaleureux, et manifestement transformé par l'expérience.
Marion et Fanny, les encadrantes
Marion Mogrillot et Fanny Fleuret forment selon leurs propres mots "une bonne équipe". Marion accompagne et guide sans interférer : les jeunes sont les juges. Fanny a conçu la grille de notation pour garantir l'objectivité tout en laissant place au ressenti et à l'argumentation. Toutes deux observent avec plaisir que les lycéens débattent avec leur cœur — et que c'est précisément ce qui rend leurs choix précieux.
La rencontre avec Abd Al Malik
Ce soir-là, exceptionnellement, quatre membres du jury restent plus tard que prévu. Ils ont rendez-vous avec Abd Al Malik, réalisateur du film "Furcy, né libre", en compétition jeunesse. Leurs questions sont soigneusement préparées. La rencontre est immédiate, chaleureuse, presque intime. Abd Al Malik, visiblement touché par l'attention et la maturité de ces jeunes, leur raconte avec générosité la genèse du film.
Abd Al Malik raconte Furcy
La naissance du projet remonte à 2010, lors d'un concert à La Réunion. Des jeunes lui tendent un livre — L'Affaire de l'esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui, tout juste prix Renaudot — en lui demandant d'en tirer une pièce de théâtre. Il lit, mais ne se sent pas prêt. Il range le livre. Puis, au fil des années, des coïncidences s'accumulent : les commémorations de l'abolition à Nantes aux côtés de Patrick Chamoiseau et Françoise Vergès, le film Birth of the Nation aux États-Unis, l'exposition Le modèle noir au musée d'Orsay, l'affaire George Floyd, l'affaire Adama Traoré. Jusqu'au jour où le producteur Étienne Comar lui tend exactement le même livre — dix ans jour pour jour après la première fois. Cette fois, il est prêt.
Abd Al Malik explique aux jeunes les messages qu'il a voulu porter
La liberté, la justice, mais surtout l'éducation comme acte de résistance. Furcy a appris à lire et à écrire en secret — et c'est cela qui a tout rendu possible. Abd Al Malik s'y reconnaît : "Furcy, c'est moi." Lui aussi a grandi dans une cité, et c'est le savoir, l'école, les enseignants qui l'ont construit. Il dessine aussi un parallèle entre le combat de Furcy pour le sol libre et le débat contemporain sur le droit du sol, dans une France qu'il veut célébrer — celle des valeurs universelles et de la justice. Il rappelle que le combat de Furcy a duré près de 30 ans, sans violence : une leçon de temps long pour les jeunes d'aujourd'hui.
Réenchanter le monde ?
À ma question sur le cinéma et sa capacité à réenchanter le monde, Abd Al Malik répond qu'il ne peut pas seulement le faire — il le doit. Le cinéma, comme la musique, travaille directement les imaginaires. Il cite Scarface, qui a coûté la vie à des amis de sa génération. En contrepoint, il a conçu Furcy, né libre comme un objet artistique de réconciliation, prolongé par l'album Furcy Héritage — avec Soprano, Youssoupha, Oxmo Puccino, Benjamin Epps et d'autres. Il se définit lui-même comme un "raconteur d'histoires" dont le liant est la poésie. Quand je lui rappelle qu'on l'a comparé à Brel à l'époque de l'album Gibraltar, il sourit : il a eu la chance d'être ami avec Gérard Jouannest, pianiste et co-compositeur de Brel, et d'avoir Juliette Gréco comme marraine dans le métier. "C'est un honneur, c'est une punchline journalistique, mais c'est un honneur."
La cérémonie de clôture : le palmarès jeunesse
Quatre jours plus tard, lors de la cérémonie de clôture, les six jurés montent sur scène. Chacun présente un film : Jalil parle de J"usqu'à l'aube", film japonais sur la maladie mentale et physique. Aïssata évoque Le "Gâteau du Président", sur les enfants dans la guerre. Francky, anglaise, défend "Le Garçon qui faisait danser les collines". Thibault présente "Une Année Italienne", sur le harcèlement et l'inclusion des femmes dans les métiers techniques. Iris parle de "Ma Frère", sur les liens familiaux et amicaux. Alix défend "La Danse des Renards", sur la pression exercée sur les jeunes. Le film lauréat — celui qu'aucun n'a cité — est révélé dans un suspense savamment orchestré par Jalil et Aïssata : c'est "Furcy, né libre" d'Abd Al Malik, pour son traitement à propos de l'esclavagisme, de la justice et de la liberté. Abd Al Malik, déjà reparti, adresse un message vidéo au jury :C'est un honneur et un encouragement à continuer à faire.
Jalil résume la semaine en un mot : magique. De A à Z.
Musique additionnelle :
Festival du film : Oly Gorman©
Extraits : Album "Furcy Héritage" : Abd Al Malik/Mattéo Falkone
On a parlé de et avec :
Jean-Luc Brunet — Journaliste cinéma (Cin'écrans), animateur des cérémonies
Jean-Paul Enna — Programmateur, Les Rencontres du Sud
Frédéric Farrucci — Réalisateur, membre du jury professionnel
Abd Al Malik — Réalisateur, rappeur, poète,
Yamina Miara — Proviseure du Lycée de l'Atlantique
Marion Mogrillot — Professeure de lettres et d'histoire, lycée professionnelle de l'Atlantique, encadrante du jury jeunesse
Fanny Fleuret — Référante jeunesse, lycée professionnelle de l'Atlantique, encadrante du jury jeunesse
Jalil Elazhary — Lycéen, membre du jury jeunesse (bac pro IPB, lycée de l'Atlantique)
Iris La Chaumette — Lycéenne, membre du jury jeunesse (CAP taille de pierre, lycée de l'Atlantique)
Aïssata — Lycéenne, membre du jury jeunesse (aménagement et finition du bâtiment, lycée de l'Atlantique)
Thibault — Lycéen, membre du jury jeunesse (bac pro IPB, lycée de l'Atlantique)
Alix — Lycéenne, membre du jury jeunesse
Francky — Lycéenne anglaise, membre du jury jeunesse
Liens utiles :
Festival du film de société de Royan
Cinéma Le Lido (Royan)
Les Rencontres du Sud
Cin'Écrans (Jean-Luc Brunet)
Lycée de l'Atlantique
Un immense merci à celles•eux qui font vibrer ce podcast par leur voix.
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