Bienvenue dans le podcast dédié au Festival du Film de Société de Royan.
A l'affiche, l'humain dans tous ses états. Entre histoire d'amour, histoire de famille, histoire de combat. Je m'appelle Armel Toucour et je suis allée dans les coulisses du festival à la rencontre de celles et ceux qui le mettent en scène. Un festival porté par l'association "Royan fait son cinéma" et hébergé au cinéma Le Lido à Royan.
Épisode Bonus — Né libre.
Entretien public avec Abd Al Malik : la voie d'Abd Al Malik en intégralité. Après la projection de Furcy, né libre, un entretien public animé par Jimi Andréani — sur le film, sur l'art, sur la France, sur la liberté. Un moment rare, dense et généreux.
Un artiste aux multiples facettes
C'est grâce aux élèves du lycée professionnel de l'Atlantique, membres du jury jeunesse, que j'ai pu rencontrer Abd Al Malik. Cet épisode bonus lui est entièrement consacré : il rassemble l'entretien public qui a suivi la projection de "Furcy, né libre", animé par Jimi Andréani sur scène, et les échanges qui ont suivi avec le public. Abd Al Malik se définit lui-même comme un "raconteur d'histoires" dont le liant est la poésie.
Le cinéma comme responsabilité
Abd Al Malik répond à ma question sur la capacité du cinéma à réenchanter le monde : non seulement il peut, mais il doit. Le cinéma partage avec la musique une puissance d'accès instantané — là où la littérature suppose le goût préalable de la lecture, le cinéma et la musique travaillent directement les imaginaires. Cette immédiateté crée une responsabilité : les sujets traités, la manière de les traiter, tout cela infuse dans les gens et oriente leurs actes. Le film Furcy, né libre s'inscrit dans ce projet, prolongé par l'album Furcy Héritage, réalisé avec son acolyte Mateo Falcone, réunissant Soprano, Youssoupha, Oxmo Puccino, Lino Martyrs, Benjamin Epps, Juste Shani et d'autres.
L'heure est grave — et le film arrive au bon moment
Interrogé par Jimi Andréani sur le momentum de ce film dans sa carrière, Abd Al Malik est direct : l'heure est grave. Pas comme une formule introductive, mais comme un constat. Il voit des gens croire qu'une pensée extrême peut être une solution, alors que l'Europe a connu la Shoah et la Seconde Guerre mondiale. Dans ce contexte, revenir à l'histoire de Furcy, c'est revenir aux origines de ce qu'est la France — un pays de droit et de justice — et appeler à ne pas perdre son âme. Pour lui, l'histoire ne se répète pas, mais elle rime.
Furcy, c'est moi — l'éducation comme acte de résistance
Abd Al Malik revient sur le sens profond du film : si Furcy n'avait pas appris à lire et à écrire en secret, rien n'aurait été possible. Et lui-même, sans l'accès au savoir, à la culture, à l'école, ne serait pas là ce soir. Il appelle à "remettre à nouveau sexy l'intelligence" face à ce qu'il nomme l'"abêtissement général" — un divertissement excessif qui, comme dans les régimes autoritaires, détourne du savoir et de la connaissance. Le film a d'ailleurs été conçu pour être accompagné d'un dossier pédagogique et projeté en séances scolaires dès la classe de quatrième.
La question raciale, arbre qui cache la forêt
Abd Al Malik raconte une projection du film à des jeunes de Seine-Saint-Denis, dans le cadre du festival Ciné Banlieue. Face à leurs réflexions sur "les Blancs", il leur a répondu : le vrai sujet, sous la question raciale, c'est la lutte des classes. L'esclavagisme et le capitalisme sont nés en même temps, le premier produit mondialisé était l'esclave, et le capitalisme est toujours là. L'opposition noir/blanc, c'est l'arbre qui cache la forêt — un instrument pour opposer des gens qui ont en réalité un destin commun. "Il y a de plus en plus de milliardaires, et de plus en plus de gens dans des difficultés incroyables. Quel est notre projet de vie, si ce n'est de consommer?"
Le film comme outil de réconciliation, la France comme projet
Pour Abd Al Malik, "Furcy, né libre" est avant tout un outil de réconciliation. Regarder l'histoire la plus obscure droit dans les yeux, c'est un travail de réconciliation à soi et à l'autre. Il prend l'image de l'arbre : ses branches et ses fruits sont 100 % français et européens, ses racines sont 100 % africaines et congolaises. Couper les racines, c'est condamner l'arbre. La France doit assumer son histoire — y compris la plus douloureuse — pour ne pas perdre son âme. Être français, européen, ce n'est pas une couleur de peau, c'est adhérer à des valeurs et des principes. Et ces principes nous obligent.
Le travail de recherche et le casting
Jimi Andréani interroge Abd Al Malik sur le travail historique colossal qui sous-tend le film : les minutes des procès retranscrites, les conseils d'historiens, une rigueur absolue dans chaque détail — "chaque mouvement de caméra veut dire quelque chose." Pour le rôle de Furcy, Abd Al Malik voulait un acteur capable d'exprimer une intelligence exceptionnelle sans les mots — par le regard, la présence, le mouvement dans l'espace. Il a retiré progressivement toutes les répliques du personnage, au point que l'acteur Makita Samba est venu lui demander des explications. "Fais-moi confiance, tu verras." Le résultat : une présence de tous les plans, d'une force rare. En contrepoint, Romain Duris dispose d'un "déluge verbal". Abd Al Malik cite également Vincent Macaigne, Micha Lescot, Frédéric Pierrot et Philippe Torreton — des acteurs à forte culture théâtrale, capables de cette gravitas qu'il recherchait.
Le regard qui élève
Abd Al Malik conclut sur une conviction profonde, illustrée par l'image de l'institutrice qui lui disait "tu es beau" — et en qui il a fini par croire. À combien de jeunes dit-on le contraire? Un enfant finit par devenir ce qu'on lui dit qu'il est. La France, mère symbolique, doit élever tous ses enfants de la même manière, les magnifier. "Votre regard élève. Lorsque vous regardez quelqu'un, il devient celui ou celle qu'il doit devenir à travers votre regard."
Le palmarès : deux prix pour "Furcy, né libre"
Lors de la cérémonie de clôture, Christophe Favre, comédien et parrain du festival, annonce le prix du public pour Furcy, né libre. Abd Al Malik, dans un message vidéo, reçoit également le prix Jeunesse Cinéma avec une émotion sincère : "Moi j'ai été inspiré par des gens lorsque j'étais plus jeune, et arriver aujourd'hui à inspirer la jeunesse à mon tour par le canal du cinéma, c'est vraiment merveilleux." Le film est sorti en salles le 14 janvier.
Questions du public
Une spectatrice remercie Abd Al Malik, émue par son discours et sa foi en l'être humain : "Ça fait plaisir de voir que ça existe toujours." Un spectateur lui demande s'il prévoit de présenter le film dans des villes comme Neuilly ou en Alsace — là où "il y en a peut-être encore plus besoin". Abd Al Malik répond que oui, le film va partout. Il est de Strasbourg. Et il revient de La Réunion où le film vient de sortir.
Musique additionnelle :
Festival du film : Oly Gorman©
Extraits: Album "Furcy Héritage" : Abd Al Malik/Mattéo Falkone
On a parlé de et avec :
Abd Al Malik — rappeur, auteur-compositeur-interprète, écrivain, metteur en scène, réalisateur et scénariste français
Jimi Andréani — Programmateur, Les Rencontres du Sud, animateur de l'entretien public
Christophe Favre — Comédien, parrain du festival
Spectatrice (anonyme) — Remerciements émus après l'entretien
Spectateur (anonyme) — Question sur la diffusion du film en France
Liens utiles :
Album Furcy Héritage (Spotify)
Album Furcy Héritage (Apple Music)
Festival du film de société de Royan
Cinéma Le Lido (Royan)
Les Rencontres du Sud
Cin'Écrans (Jean-Luc Brunet)
Lycée de l'Atlantique
Un immense merci à celles•eux qui font vibrer ce podcast par leur voix.
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